Principes d'éducation

La bien-traitance ou discipline positive

La politesse
  • “La bien-traitance est une notion utilisée dans le domaine de l’éthique. Elle peut s'appliquer aux enfants, aux personnes âgées, à des prisonniers, à des animaux domestiques ou d'élevage ou de zoo du cirque...”
  • “Cette notion recouvre l'ensemble de comportements ou d'attitudes positives et constantes de respect, de bons soins, de marques et manifestations de confiance, d'encouragement, d'aide envers des personnes ou groupes en situation de vulnérabilité ou dépendance.”
  • “La bien-traitance peut être de type physique, moral, financier, sexuel...”

Le concept de bien-traitance est très à la mode actuellement. Il est apparu dans le champs de la petite enfance à partir des années 1990.

Selon Mme Danielle Rapoport, psychologue clinicienne, il engage les professionnel(le)s "dans une démarche globale de respect envers le jeune enfant et ses rythmes propres de développement, envers ses parents, dans son histoire, sa culture, individuellement et en équipe".

La bien-traitance ne peut certes pas se définir en opposition à la maltraitance, puisqu'elle l'exclut par principe. 

C'est une approche qui entend, au-delà des soins et des réponses aux besoins primaires de l'enfant, à le respecter dans ce qu'il est et ce qu'il devient.

Aujourd'hui, si elle est en vogue sur le plan théorique, peu d'assistantes maternelles y ont été formées.


Respect et sécurité affective

Psychologue de l'enfant et auteure d'un livre sur la bien-traitance éducative, l'une d'entre elles précise "il n'existe pas forcément une définition qui fasse consensus. La bien-traitance se situe dans l'entre-deux des relations entre l'adulte et l'enfant, c'est elle qui permet la sécurité affective nécessaire à tout instant au développement de l'enfant pendant la prime-éducation. C'est un concept-clé, qui amène à adopter une façon d'être particulière avec l'enfant, fondée sur les théories de l'attachement."

S'il existe un socle de valeurs communes à cette approche - consistant à se demander ce qui fait du bien à l'enfant -, elle estime qu'un cheminement propre à chaque relation adulte/enfant est nécessaire. Cette approche nécessite avant tout de bien observer l'enfant, d'apprendre à le connaître, mais aussi, pour l'adulte, d'identifier ses propres limites. "Il ne faut surtout pas en faire l'abstraction, car c'est en se connaissant soi-même qu'on devient bien-traitant" explique-t-elle.

Je sais pour ma part que j'aime quand mon domicile est propre, j'aime la ponctualité. En avoir conscience me permet de m'organiser par anticipation, pour ne pas créer un défaut de bien-traitance le cas échéant. Quand je range et nettoie mon domicile bien en amont de l'arrivée des parents, je peux accueillir les enfants sereinement.


Mots et gestes appropriés

Centrée sur la relation, l'approche de la bien-traitance passe par la parole, le vocabulaire choisi autant que par les gestes, et s'applique à tout type de situations.

Inutile de vociférer. Les enfants deviennent vite hermétiques aux décibels excessifs de certains adultes qui ne savent communiquer qu'en criant. Au contraire, l'enfant sera plus attentif si l'assistante maternelle se met à sa hauteur pour lui parler posément en le regardant dans les yeux. De plus l'enfant discerne très bien les sentiments de l'adulte et apprécie qu'il ne se laisse pas envahir par ses émotions. C'est cette maîtrise de lui qui va rassurer l'enfant et le rendre réceptif.

La bien-traitance passe par le ton de la parole autant que par le choix des mots et les petits gestes au quotidien. 

Lui expliquer la notion de respect

Pour qu'un enfant se sente apprécié par la personne qui l'accueille chez elle et qu'il n'ait pas l'impression d'être seulement un "contrat supplémentaire", il est important que l'assistante maternelle lui attribue un petit nom affectueux par exemple et qu'elle ait des gestes tendres à son égard. Tous les gestes de soins doivent d'ailleurs être prodigués avec calme et douceur.

Il est également important d'apporter de la gaieté dans le quotidien des tout-petits en chantant ou en faisant "le clown" de temps en temps pour les amuser.

Toutes ces postures donneront à l'enfant le sentiment de compter et d'être unique aux yeux de la personne qui s'occupe de lui.


Parler à l'enfant

Certaines attitudes peuvent sembler "anodines", mais elles changent le quotidien. Par exemple, dans une nouvelle approche, il est malvenu de mettre le manteau de l'enfant en se tenant derrière lui, mais devant et tout en lui parlant.

Quand on lui nettoie le visage ou qu'on le mouche, ne pas s'imposer sans rien dire, mais lui expliquer ce qu'on est en train de faire. De manière générale, il faut toujours expliquer à l'enfant les soins que nous allons effectuer. 

Il y a également certaines situations qui mettent les professionnelles en difficulté : comment garder son calme en cas de cris répétés, de grande agitation des enfants ou de conflits répétés entre eux ? "Je leur explique qu'il est normal de préférer avoir le jouet de l'autre, mais qu'il faut patienter un peu pour l'avoir. S'ils se tapent, je les sépare, mais gentiment, en leur disant que cela ne se fait pas et en essayant de leur proposer un autre jeu ou une lecture."

Quoiqu'il en soit, rien de tel qu'un bon bol d'air et des occupations saines pour leur changer les idées. 

C'est pourquoi je fais participer les enfants à de nombreuses activités ludiques au sein du R.A.M. de ma ville et de l'association d'assistantes maternelles dont je suis membre actif.


Accueillir ses émotions

 

Il ne faut pas juger l'enfant ni lui dire des choses désagréables comme "Oh tu sens mauvais" quand il a eu une selle, mais "Ah je crois que quelqu'un a fait caca, je vais aller vérifier avec toi et changer ta couche pour que tu te sentes mieux".

 

Lorsqu'un enfant trébuche et qu'il pleure, lui montrer de la compassion en prenant en compte ses émotions, peur et douleur, suscitées par sa chute, tout en relativisant l'incident dans la mesure ou il n'est pas très grave. Cela permet à l'enfant de s'apaiser. Le simple fait que l'adulte reconnaisse l'importance de ses petits bobos sans pour autant les amplifier, suffit à les adoucir.


Le prémunir pour l'avenir en fixant des limites

La bien-traitance s'apprend aussi en tâtonnant : elle nécessite un temps d'adaptation qui permet de faire connaissance avec l'enfant et de se présenter à lui.

C'est surtout au début de la période d'accueil que l'enfant jauge l'assistante maternelle pour connaitre ses limites et les comparer à celles imposées par ses parents.

Si la professionnelle parvient à ne pas confondre bien-traitance et laxisme ou permissivité, elle offre à l'enfant une chance de se construire sereinement.

 

Le fait de priver l'enfant de la moindre petite frustration en cédant à tous ses caprices, sans discerner ses besoins réels de ses simples envies, équivaut à le désarmer pour l'avenir et à le laisser se confronter aux inévitables frustrations de sa future vie d'adolescent puis d'adulte sans jamais l'avoir aidé à s'y préparer. Pour le coup, cette attitude pourrait même s’apparenter  à de la maltraitance.

 

La bien-traitance, ce n'est pas bannir le mot "non" de son vocabulaire et s'interdire des phrases négatives sous prétexte que l'enfant ne pourrait retenir que l'aspect négatif de ce qu'on lui dit . On ne reconnait pas assez le besoin de repères de l'enfant qui, sans référence de l'adulte, ne peut parvenir seul à déterminer une limite ou une direction dans laquelle s'engager.

Mon expérience professionnelle m'a appris qu'un enfant à qui on ne dit jamais "non" était un enfant en recherche permanente de réponses et de cadre.

Je me souviens de ce bébé de 10 mois qui accueillait sa maman en fin de journée en lui assénant une claque bruyante sur la joue. La maman pensant bien faire, ne reprochait rien à son enfant et lui trouvait même l'excuse de  ne pas savoir ce qu'il faisait .

En effet, le bébé expérimentait un concept dont il ignorait et cherchait à connaitre les conséquences. Il répétait donc inlassablement ce rituel" pensant à tort qu'il ne gênait en rien sa mère puisqu'elle n'y réagissait pas.

   Pour mettre fin à ce douloureux test, il a simplement suffit de lui dire " Non ! On ne tape pas ! Maman a mal quand tu la frappes !  pour que l'enfant obtienne enfin une réponse, qu'il comprenne les conséquences de son expérimentation et qu'il y mette un terme.


L'impact sur la vie personnelle

Toutes ces approches fondées sur la bien-traitance me permettent également de mieux gérer d'autres moments de ma vie personnelle familiale.

C'est parce que je me sens bien dans ma vie professionnelle au quotidien dans mes rapports avec les enfants que j'accueille, que ma vie familiale en est le reflet fidèle.

Plus les bases de la bien-traitance s'enracinent dans la conception que j'ai de mon métier, mieux je me sens dans ma vie personnelle.


Il faut se rendre à l'évidence : "La bien-traitance permet de prendre du plaisir à accueillir l'enfant et c'est ce plaisir-là qui rend bien-traitant.